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Les Palestiniens déchirés par la crise syrienne

[Un image de l'Amaari, un camp de réfugiés palestiniens. Image par Labour Palestine/Flickr.] [Un image de l'Amaari, un camp de réfugiés palestiniens. Image par Labour Palestine/Flickr.]

En février 2012, Ismaël Haniyeh, premier ministre du Hamas dans la bande de Gaza, prononce à la mosquée Al-Azhar au Caire un discours rompant avec la logique de conciliation entre le régime et l’opposition syrienne initialement adoptée par le mouvement pendant plusieurs mois1. Le changement progressif de positionnement du Hamas n’est pas étranger à la radicalisation militaire du conflit syrien intervenue alors : l’affrontement entre l’armée régulière et les combattants de l’Armée syrienne libre (ASL) à Homs semble en effet augurer d’un tournant majeur du conflit et, de ce fait, le Hamas se voit pris dans un système de double affiliation. D’une part, il doit ménager l’Iran, ainsi que le Hezbollah avec lesquels il a noué un partenariat non seulement politique, mais aussi logistique et militaire. D’autre part, il doit prendre en compte une dynamique régionale globale, marquée par l’émergence des Frères musulmans sur les scènes électorales égyptienne, tunisienne et marocaine, ainsi que par le poids géopolitique du Qatar et de la Turquie.

Le positionnement du Mouvement du Jihad islamique en Palestine (MJIP) de Ramadan Challah se distingue clairement de celui du Hamas. Khaled Batash, membre de la direction du MJIP, reconnaît la pleine légitimité des revendications « démocratiques et sociales » d’une large partie de la population syrienne. Il met toutefois en garde contre deux dangers : une possible « intervention étrangère », a fortiori occidentale, et le risque d’oublier que les Palestiniens de Syrie constitueraient un acteur social et politique tout à la fois interne et externe au tissu national syrien2. Pour le MJIP, les partis politiques palestiniens doivent s’employer à protéger une catégorie de la population que Khaled Batash définit encore comme des « invités en Syrie ». Selon lui, prendre parti pour l’insurrection syrienne pourrait enclencher, à terme, une logique de perte. Le Hamas réfléchit au contraire en termes de bénéfices probables.

La différence de positionnement du Jihad islamique par rapport au Hamas s’explique d’abord sur le terrain idéologique. Son attachement aux Frères musulmans, depuis le début des années 1980, est plus que relatif : la majorité de ses fondateurs, exilés à l’époque en Égypte, ont pris parti pour la révolution iranienne de 1979 et ont alors été exclus de la confrérie égyptienne3. Sa méfiance vis-à-vis du caractère salafiste ou frériste d’une partie de l’insurrection syrienne et de son expression politique à l’étranger, sa critique systématique des États du Golfe, notamment du Qatar et de l’Arabie saoudite, ont placé le MJIP en porte-à-faux vis-à-vis de la révolution syrienne : les motivations de ses dirigeants sont sans doute la crainte d’une poussée des Frères (ennemis) musulmans et de voir à terme l’équilibre régional se retourner au détriment de l’Iran et de cet « axe de la résistance » à Israël dont ils se réclament explicitement. Le paradigme nationalitaire et tiers-mondiste reste ainsi pour eux surdéterminant dans leur approche de la politique régionale. La priorité devant être donnée à l’opposition à Israël et à l’« impérialisme », toute solution militaire dans les affaires internes arabes est explicitement rejetée, selon le principe : ce qui divise le monde arabe joue en faveur d’Israël. Lors d’un discours retransmis à Gaza le 6 octobre 2012 à l’occasion de l’anniversaire du mouvement, son secrétaire général, Ramadan Challah, a ainsi appelé à privilégier une « solution politique » en Syrie et à renoncer à la voie des armes.

Au-delà des positionnements idéologiques du parti, le MJIP fait valoir un argument tactique et pragmatique face au Hamas : le Qatar, la Turquie ou l’Égypte, pour des raisons essentiellement géopolitiques, ne sauraient remplacer — sur le pur plan du rapport de forces militaires face à Israël — les liens tissés entre les différents mouvements islamistes palestiniens d’un côté, la Syrie et l’Iran de l’autre, depuis pratiquement deux décennies. Le positionnement du Hamas dans le conflit syrien, explicitement en faveur de la rébellion, le met effectivement en porte-à-faux vis-à-vis de certains de ses bailleurs de fonds économiques et militaires. Il tente ainsi de maintenir des liens ténus avec l’Iran, comme l’atteste la série de délégations officielles du Hamas à Téhéran – de Mahmoud Zahar à Ismaël Haniyeh, ce dernier ayant officiellement remercié la République islamique pour son soutien politique et militaire lors de l’attaque israélienne sur la bande de Gaza, en novembre 20124.

La gauche et le Fatah: Une neutralité impossible ?

À la gauche du spectre politique palestinien, l’ambiguïté concernant la crise syrienne restait de mise à l’automne 2013. Les médias du Front populaire pour la libération de la Palestine (FPLP) ou du Front démocratique pour la libération de la Palestine (FDLP) se sont peu exprimés sur le sujet, et à partir du printemps 2011, les communiqués concernant la Syrie se font rares, tout comme l’expression publique de leurs dirigeants se fait plus mesurée. Les constantes de la gauche, à quelques éléments près, ressemblent à celles du MJIP : refus des différentes « interventions étrangères », non-alignement stratégique, appel, parfois, au dialogue national syrien. À travers les prises de position de ses dirigeants, une double crainte transparaît.

D’une part, les Palestiniens, population de réfugiés constituant donc un « acteur faible », ne pourraient prendre les armes aux côtés des Syriens. D’autre part, une inquiétude se manifeste à l’égard de l’islam politique : le lexique islamique utilisé par une partie de l’insurrection armée dissuaderait les Palestiniens résidant en Syrie de s’engager dans une guerre prenant une coloration de plus en plus confessionnelle. En janvier 2013, Abou Ahmed Fouad, membre dirigeant du FPLP, rappelle ainsi que la fonction du parti, en Syrie, doit se borner à prévenir l’intrusion dans les camps des différentes forces armées, du régime comme de l’opposition.

Cette peur de l’islamisme peut aussi, à gauche, favoriser une lecture du conflit de plus en plus proche de celle du régime syrien. En mars 2013, Leïla Khaled, figure historique du FPLP et membre de sa direction à Amman, prononçant un discours à Tunis à l’occasion du quarantième jour commémorant l’assassinat du militant de la gauche tunisienne Choukri Belaïd5, choisit d’arborer ostensiblement le drapeau tunisien dans une main, le drapeau syrien – désormais symbole du régime – dans l’autre. Les lectures de la crise syrienne dans les gauches palestiniennes varient ainsi d’un mécanisme défensif (il faut désormais faire barrage à une montée islamiste sunnite radicale dans la région) à une double méfiance du régime et de l’opposition, renvoyés dos à dos. Ce refus de l’islamisme est cependant paradoxal : c’est l’islam politique des Frères ou des salafistes qui est en général dénoncé à gauche, alors que le Hezbollah ou le MJIP y apparaissent encore comme des alliés, en une singulière forme d’alliance des minorités contre un péril islamiste exclusivement compris comme sunnite ou proche des États du Golfe.

Le Hamas ayant progressivement coupé les ponts avec le régime syrien, le Fatah s’est trouvé lui aussi contraint à certaines involutions surprenantes. Comme on l’a vu, à l’instar du MJIP ou duFPLP, la vision d’une opposition syrienne au caractère islamique marqué a fait craindre au Fatah que la situation ne profite à terme au Hamas sur la scène politique palestinienne. Certains cadres de la jeunesse du Fatah disent alors préférer une Autorité nationale palestinienne se tournant vers la Russie, le Hezbollah et l’Iran, afin d’obtenir un nouveau rapport de forces face aux islamistes dans la région. La neutralité affichée par le Fatah dans le conflit syrien semble ainsi buter encore sur un registre des passions – la peur du Hamas – qui est aussi une inquiétude stratégique : l’affaiblissement du régime syrien profitant par défaut aux adversaires du Fatah, la chute du régime peut aussi être appréhendée de manière négative par les héritiers de Yasser Arafat. Les médias du Fatah en Syrie rendent alors compte d’un conflit bien étrange, dont les protagonistes demeurent opportunément dans l’ombre : chaque jour, le nom des victimes civiles palestiniennes du conflit est recensé sur la page Facebook du mouvement, sans qu’à aucun moment, la provenance des tirs ou des bombardements dont elles ont été victimes n’y soit mentionnée6.

Ces divisions palestiniennes sur le sujet syrien sont restées jusqu’à maintenant de l’ordre du politique et du stratégique : elles n’ont pas pris l’ampleur, par exemple, des affrontements interpalestiniens de 1983 et 1984 entre les partisans du régime syrien et ceux de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP). Au printemps 2013, des signes inquiétants de débordement militaire sont toutefois apparus dans certains camps de réfugiés du Liban7. La question posée par l’insurrection syrienne au mouvement national palestinien ne consistait alors plus simplement à prendre parti en faveur de l’opposition ou du régime ; elle était aussi de savoir s’il pouvait contenir ses divisions et gérer ses désaccords stratégiques de manière politique, et non pas militaire, à l’inverse des exemples funestes du début des années 1980 ou de la courte guerre interpalestinienne de l’été 2007.

[Extrait de l’article de Nicolas Dot-Pouillard, « Le mouvement national palestinien face à la crise syrienne : une division contenue » dans l’ouvrage collectif dirigé par François Burgat et Bruno Paoli, Pas de printemps pour la Syrie ? Acteurs et défis de la crise 2011-2013, à paraître prochainement aux éditions La Découverte. Cet article a été publié sur .]


1Il est à noter que, le 3 mars 2012, une déclaration de Mahmoud Zahar, leader du Hamas dans la bande de Gaza, appelant à la neutralité du Hamas dans le conflit syrien, vint quelque peu contredire les propos de Ismaël Haniyeh.

2Khaled Batash et Muin Rabban, « Kyarna houwa al-Mouqawama wa al-Hall as-Soulta al-filastiniya yahtajou ila Niqash watani » (Notre choix, c’est la résistance, et la solution de l’Autorité palestinienne réside dans un dialogue national), Majala ad-Dirasat al-filastiniya Revue d’études palestiniennes, numéro 93, hiver 2013.

3Nicolas Dot-Pouillard et Eugénie Rebillard, « The Intellectual, the Militant, the Prisoner and the Partisan : the genesis of the Islamic Jihad Movement in Palestine (1974-1988) », The Muslim World, Hartford Seminary, Blackwell Publishing, janvier 2013.

4Ismaël Haniyeh, dans une forme d’équilibrisme politique régional, a également remercié à cette occasion l’Égypte de Mohamed Morsi.

5Leader du Parti des patriotes démocrates unifiés, Choukri Belaïd a été assassiné à Tunis le 6 février 2013. Leïla Khaled, figure historique de la gauche palestinienne, est notamment connue pour avoir orchestré plusieurs détournements d’avion à la fin des années 1960.

7Il y a eu des accrochages armés en mars 2013 dans le camp de réfugiés de Ayn al-Heloue, entre partisans du Fatah et du Fatah al-islam, ces derniers s’étant rapprochés du Jabhat al-Nosra syrien.

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