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Focus sur le Mali, deuxième partie: Une guerre qui menace toute la région

[Des combattants islamistes armés traversent à vive allure la frontière entre la Mauritanie et le Mali le 21 mai. Image de Jemal Oumar/Flickr.] [Des combattants islamistes armés traversent à vive allure la frontière entre la Mauritanie et le Mali le 21 mai. Image de Jemal Oumar/Flickr.]

[Cet article est le deuxième d'une série de trois, avec des perspectives différentes sur les développements au Mali. Le premier article - « Mali in Focus, Part One: The Jihadist Offensive Revisited » ]

« …Ce conflit est légitime et vital pour la sécurité des Français. Nous ne pouvons pas espérer conserver nos modes de vie et notre prospérité si nous n'allons pas à l'extérieur du territoire national participer à la stabilisation et au règlement des crises, à l'éradication des menaces qui finiraient immanquablement par venir nous menacer à l'intérieur du territoire national. »

Ces mots ont été prononcés par le général de division deuxième section et ancien directeur du Collège Interarmées de Défense (CID), Vincent Desportes, qui répondait aux questions des internautes pour le journal Le Monde. M. Hollande, président « socialiste » de la République française élu depuis moins d’un an, vient de faire entrer son pays dans une guerre qui menace toute la région. Il soutient que cette guerre a comme objectif d’aider le Mali, « pays ami ». Si la justice et l'amitié avaient été l’objectif de M. Hollande, il aurait dû commencer par octroyer le droit de vote aux résidents étrangers non communautaires comme il l’avait promis lors de sa campagne électorale. 

Nul ne peut être dupe des véritables intentions et visées des « va-t-en guerre » du moment. La France, comme beaucoup d’autres pays du Nord, savait ce qui se passait au Sahel, en particulier depuis l’aide (désintéressée nous avait-on dit) apportée au peuple Libyen « ami ».  C'est à la suite de l’intervention française en Libye que l’arsenal militaire amassé par Kadhafi s’est retrouvé entre les mains de groupes divers, avec en tête ceux se revendiquant de l’islamisme. Il était plutôt facile de saisir ce qui était en train de se préparer.  L’entreprise AREVA, d'une importance vitale pour le « mode de vie et la prospérité » des gens du Nord, a de plus en plus de mal à retenir ses employés français dans la région du Sahel.

Cette guerre n’a rien d’une action désintéressée et gratuite, pas plus que ne l’a été la « libération » de la Libye et l'élimination de son tyran. La France, soutenue par ses alliés européens et américains, ne cherche qu’à défendre son « protectorat » et à le renforcer. Les richesses que recèle la région du Sahel sont immenses. Elles sont surtout nécessaires tant pour le présent que pour l’avenir des continents européen, américain et aussi asiatique, car elles préservent et améliorent le mode de vie des gens qui y vivent, si envié par les Africains. Il faut s'assurer que le pétrole, le gaz, l’uranium, l’or et, depuis peu, le gaz de schiste demeurent entre de « bonnes » mains, avec l’aide -la complicité- des sous-traitants aux commandes des pays de la région. Pour les dirigeants du Sud et du Nord c’est du gagnant-gagnant.

On ne peut cependant pas en dire autant de leurs peuples, tout particulièrement ceux du Sud. On estime déjà que des dizaines de milliers de sinistrés s’entassent dans des camps de réfugiés, des chiffres qui n’incluent pas ceux qui souffrent sur les lieux des combats. Du point de vue économique, il faut rappeler qu'un très grand nombre de familles au Niger, en Algérie, en Mauritanie et au Burkina Faso, subsistaient quasi exclusivement du tourisme et de ses dérivés. Pour elles, cette guerre ne sera que malheur. Elle ne fera qu’enlever des ressources à ceux qui en ont déjà moins pour les donner à ceux qui en possèdent déjà plus. 

Ne prônant pas l’inaction, je dis qu'une autre voie était possible, si peu utilisée jusque-là : la fermeté à travers le dialogue politique. Une multitude de groupes se font face dans ces régions, certains d’entre eux, tels les Touarègues, ont des revendications légitimes qu’ils brandissent depuis des lustres de manière souvent pacifique. Il était tout à fait possible de trouver les accords nécessaires avec certains et d’isoler de fait les plus extrémistes. De toute façon, cette guerre, comme tant d’autres, se finira autour d’une table de négociation. D’ici là, le sang, les larmes ainsi que la détresse économique et sociale en pousseront plusieurs vers l’extrémisme dans les pays de la région sahélienne. 

Bien sûr, il ne s’agit aucunement de dédouaner les dirigeants des pays du Sud. Ils sont les premiers responsables de la situation catastrophique que vivent leurs peuples. Leur gestion autoritaire et antisociale, leur corruption, leur accaparement des richesses de leurs pays comme si cela était une propriété privée, ont été le meilleur terreau pour que croissent les frustrations nourrissant les extrémismes de tous bords. A force de mener ce genre de politique foncièrement antipopulaire, ils ont fini par perdre toute légitimité. Dénués de crédibilité à l’intérieur de leurs propres frontières, ils sont devenus de plus en plus vulnérables aux injonctions et autres « conseils » émis par les dirigeants du Nord. 

A voir l’accolade de M. Hollande avec M. Bouteflika lors de la visite du président français en Algérie, il est clair que la « nouvelle » relation entre les deux pays ne va pas déroger à la règle : les affaires d’abord, la démocratie, les libertés et les droits humains plus tard.« Et voilà que je te t’offre une usine de montage Renault pour ta belle ville d’Oran »,  « et voici qu’à mon tour je t’ouvre mon ciel aérien pour que tu fasses joujou avec tes avions de combat »… Voici la substance des relations Nord-Sud. Et tant pis pour ceux qui pensaient que ça se passerait autrement. En effet, qui aurait cru possible que l’Algérie, si prompte à utiliser le passé pour se maintenir au présent, puisse ouvrir ses portes à une intervention étrangère, de surcroît une intervention de l’armée française en Afrique sahélienne ? 

Facile est la tâche qui incombe à l’habituelle presse liée aux Palais : montrer et faire parler les « pauvres » Maliens tout sourire remerciant la France de Hollande venue les secourir. Il aurait été moins coûteux en vies humaines et en souffrances d’aider l’Etat malien à subvenir au désarroi économique et social dans lequel il se débat depuis si longtemps. Cela est encore possible, mais ne rêvons pas. Certes, il est heureux de voir les coupeurs de mains et de têtes prendre la poudre d’escampette (mais vers où au fait ?!). Il aurait été plus judicieux encore de ne pas les laisser s’installer aussi facilement qu’ils l’ont fait. C'est à croire que les dés étaient depuis longtemps jetés pour qu’on en arrive là, avant d’aller encore plus loin, probablement. 

« Il est clair que cette guerre va durer et que l'engagement français est un engagement de long terme. Les troupes africaines ne pourront repartir vers le Nord que dans plusieurs mois et on ne sait pas combien de temps prendra l'opération elle-même ». 

Là encore, ce sont les propos du général Vincent Desportes dans le même quotidien vespéral français. C'est un fait, il n'y a plus grand monde pour croire que la guerre sera du genre « éclair » comme expliqué lors des premières heures de l’attaque. Ils sont venus, ils ont vus mais ils ne repartiront pas de sitôt. 

Pour faire en sorte que cette guerre soit rapidement stoppée, il ne reste donc que la mobilisation citoyenne, laquelle est bizarrement restée muette jusque-là, particulièrement en France. Que les mouvements anti-guerre, de gauche et progressistes s’expriment et s’organisent contre cette guerre, y compris au parti socialiste Français ! J’ai du mal, beaucoup de mal, à penser qu’il n'y a que Messieurs de Villeppin, Mélanchon ou Mamère qui soient contre cette intervention. En Algérie également il y a urgence à voir se constituer un tel mouvement. L’enjeu y est encore plus important, car plus cette guerre va durer, plus grands seront les enjeux, entre autres et non des moindres, celui de sauvegarder l’intégrité du territoire et l’unité du pays.

Ce qui est en cours en ce moment au Mali aura sans aucun doute des répercussions très larges au Nord, tant à Algers qu’à Paris. Cela a déjà commencé. Gageons qu’elles seront le moins coûteuses possible.

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